Jean-Pierre Lizotte

(1954 - 1999)

Le poète de Bordeaux

Bateau
Cliquez et écoutez

Il passe dans mon coeur un bateau
Jamais il n'ira sur l'eau
Il reste enfermé dans la vague de la honte
comme un escalier qui monte

Ce bateau n'est pas fait de fer
Il est plutôt tout de chair
Un jour, il a eu un père
qui s'est séparé de sa mère

Il pourrait si bien naviguer
Partir pour l'étranger
Connaître l'amitié
Surtout se sentir aimé

Mais il demeure au port
Au qui du remord
Difficilement, il s'endort
Il a peur de la mort

Il passe dans mon coeur un bateau
Jamais il n'ira sur l'eau
Il reste enfermé dans la vague de la honte
Comme un escalier qui monte

Jean-Pierre Lizotte

Parole: Jean-Pierre Lizotte
Musique: Mohamed Jean Wilder et Jonathan Lippens.
Voix: Mohamed Jean-Wilder
Guitare: Jonathan Lippens.
Percussion: Yvon Georges.

 


Jean-Pierre Lizotte est mort le 16 octobre 1999 à l'âge de 45 ans. Il était un fidel de Souverains anonymes Il disait souvent qu'il était fier d'être Souverain, mais pas anonyme.

Le 27 novembre 1997, les Souverains lui ont rendu hommage dans une rencontre radiophonique. Il était agréablement surpris d'entendre son texte "Bateau" mis en musique par ses camarades de prison.

Jean-Pierre Lizotte était un des prolifiques poètes de Bordeaux. Presque à toutes les rencontres de Souverains anonymes, Jean-Pierre avait un nouveau texte à lire. Et à chaque fois, il était content d'être entendu et applaudis par ses camarades Souverains.

Abla Farhoud est l'auteure du roman "Le bonheur a la queue glissante". Une des phrases de son personnage principal "Mon pays, c'est là ou mes enfants sont heureux"

À cette phrase Jean-Pierre Lizotte avait réagit avec ses mots:

"Salut Abla, je m'appelle JP Lizotte. Depuis 21 ans que je reviens en dedans, la prison est devenue mon pays. Quand je la quitte je deviens immigrant ! Je ressens tout ce qu'un immigrant peut ressentir lorsqu'il s'ennuie de son pays d'origine. Quand je suis en dedans, je veux sortir dehors. Et quand je suis dehors, je m'ennuie du dedans. Parfois je me dis " si j'avais eu une grand-mère ou un grand-père, les choses seraient peut-être différentes pour moi ". Mais comment avoir une grand-mère alors que je n'ai presque pas eu de mère ni de père. Les souvenirs que j'en garde font pleurer. Alors, je ne te les raconterai pas. Mais une grand-mère comme celle de ton roman, ce n'est pas donné à tout le monde.. Alors, je dis à ceux qui ont une grand-mère ou un grand-père, profitez-en.. Merci."

Jean-Pierre avait un grand rêve celui de publier "Voler par amour, pleurer en silence", un livre de témoignage et de réflexion sur son itinéraire de vie.
Jean-Pierre est mort, mais, il est toujours possible de réaliser son rêve.

Voici d'autres poèmes que Jean-Pierre Lizotte a écrit dans le cadre de l'émission Souverains anonymes.




RÉCIDIVISTE
La DROGUE
DORMEUR
TRISTESSE
LE LIT DE LA VIE
MESSAGE
ROCKEUR
SHOOTER
RÉVOLTE
HEAVY MÉTAl
SOUFFRANCE
HOMMAGE




 


Je suis un récidiviste ;
Après 20 ans, mon visage est triste !
J'ai perdu mon sourire ;
Je l'attends pour me faire rire ! ? !

Coup sur coup en sortant, je faisais de la cocaïne ;
J'aurais tant voulu une Line ou une Céline ! ? !
J'aurais pu, par amour, me délivrer de cette drogue ;
Mais, j'embarquais pas toujours dans cette pirogue ! ! !

En 75, j'étais très amoureux de Francine ;
Mais, j'aimais à sens unique ;
Alors, j'ai déchiré ses photos et me suis accroché à la cocaïne !
J'avais sa photo et déchiré ma tunique ! ! !

Aimer peut faire très mal ;
Pense que tu peux te transformer en animal !
Ne garde rien pour toi ;
Parle pour alléger ta croix.

Je suis à Bordeaux ;
Où tout est laid et rien n'est beau !
Ici, personne ne te fait de cadeaux ;
On peut même te jeter à l'eau ! ? !

Je suis un récidiviste ;
Après 20 ans, mon visage est triste !
J'ai perdu mon sourire ;
Je l'attends pour me faire rire ! ? !

JEAN-PIERRE LIZOTTE

Bordeaux, 21 novembre 97


 

La drogue

J'ai souvent pris de la drogue et ses dérivés.
J'ai descendu en enfer.
J'ai même essayé les opiacées.
Je conclu que l'enfer est sur terre ! ! !

J'ai vu les pires saloperies des hommes…
Depuis l'histoire de la pomme.
Si Ève était la concubine d'Adam.
Adam n'a rien changé depuis ce temps.

Parfois, j'aimerais reprendre certain produits.
Je sais qu'ils ont écrit ma vie.
J'ai reçu sans eau au fond d'un puit.
Dans l'océan de l'oubli.

Je suis devenu un cavalier essoufflé.
J'ai déjà été essoufflant ; je veux me reposer.
Je connais maintenant la fatigue.
Ma sentence fait partie de mon intrigue.

J'ai déjà eu du plaisir.
La drogue maintenant me fait du déplaisir.
Je n'ai plus le même désir.
La mort cherchait à me faire mourir.

Il me reste l'avenir.
Sans drogue je veux vivre.
Je veux connaître la joie.
Parce que trop lourde est ma croix ! ! !

J'ai souvent pris de la drogue et ses dérivés.
J'ai descendu en enfer.
J'ai même essayé les opiacées.
Je conclu que l'enfer est sur terre ! ! !

JEAN-PIERRE LIZOTTE


 


Laisse dormir le dormeur ;
Il est dans la splendeur !
Et dans les bras de Morphée ;
Laisse-le se faire caresser ! ? !

Même, si c'est un crisse de ronfleur ;
Et, que tu voudrais te transformer en tueur ! ! !
Il t'empêche de dormir ;
Il te fait souffrir ! ! !

J'ai un mal de dos atroce ;
Dans ma tête et mon cœur ; je deviens féroce ! ! !
Je souffre de la douleur de mon nerf sciatique ;
En malade, en fou, j'attends le viatique ! ? !

J'attends avec impatience,
Le jour de ma délivrance ! ? !
Il se rapproche petit à petit,
Comme mon envie ! ? !

Je reverrai la société le 9 janvier ;
Mon 6mois de sentence m'a paru une éternité !
J'ai tellement mal ;
J'aurais envie de me métamorphoser en animal ! ? !

Laisse dormir le dormeur ;
Il est dans la splendeur !
Et dans les bras de Morphée ;
Laisse-le se faire caresser ! ? !

JEAN-PIERRE LIZOTTE

Bordeaux, 23 novembre 1997


 


Je voudrais te parler de ma tristesse ;
Je suis dans une très mauvaise adresse ! ! !
Je voyais la cocaïne comme une déesse ;
Alors, que c'est une très mauvaise maîtresse ! ! !

Elle m'a conduit à Bordeaux ;
Où les intérêts ont d'innombrables taux ! ? !
On passe tout en double ;
Si tu ne paie pas on te redouble ! ? !

Si tu paie trop en retard ;
Il peut être pour toi, trop tard ! ! !
On est prêt à te donner la mort ;
Alors, le tueur payera le prix du renard ! ? !

À Bordeaux, il n'y a pas de pardon ;
On ne connaît pas ce don ! ? !
Il faut te faire respecter ;
Même au prix de tuer ! ? !

Je suis dans l'enfer vieux-rosé ;
Où la sécurité est une overdose ! ? !
Pour eux, je suis un criminel ;
Alors, on m'a éloigné des hirondelles ! ? !

Je voudrais te parler de ma tristesse ;
Je suis dans une très mauvaise adresse ! ! !
Je voyais la cocaïne comme une déesse ;
Alors, que c'est une très mauvaise maîtresse ! ! !

JEAN-PIERRE LIZOTTE

Bordeaux, 21 novembre 97


 


Je veux dormir dans le lit de la vie ;
Non dans les corridors de la mort : la prison !
Je vie dans la survie,
Dans cette triste et malheureuse maison ! ! !

Pourtant, je n'ai pas un gramme de méchanceté ;
Même si je suis pas un ange,
J'ai vu souvent, beaucoup d'atrocité ;
Je n'engraisse pas, même si je mange ! ! !

Je ne connais pas grand-chose ;
Ça fait 16 ans et demi que je suis en dedans ! ! !
Par contre, je connais bien les doses ;
Ça m'aide à oublier…le temps ! ! !

Je voudrais tant renaître ;
Pour m'effacer, pour disparaître ! ! !
Je voudrais aussi me reconnaître ;
Me reconstruire pour réapparaître ! ! !

J'ai perdu mon intégrité ;
J'ai sombré dans la dépression ! ! !
J'ai été trop souvent témoin d'horriblités ;
J'ai vécu dans une extrême pression ! ! !

Oui ! j'ai passé par de durs moments ;
Je me suis remonté,
Comme une maman avec son enfant,
Je m'endormirais ! ! !

Je veux dormir dans le lit de la vie ;
Non dans les corridors de la mort : la prison !
Je vie dans la survie,
Dans cette triste et malheureuse maison ! ! !

JEAN-PIERRE LIZOTTE

Montréal, le 21 avril 1993


 


Avec ton rap, j'ai écouté ton message ;
Tu es comme moi ; tu deviens sage ! ? !
Avant le rap était des mensonges de mutinerie ;
C'est l'histoire de ma vie ! ? !

Si toi : tu es rebel ;
Moi aussi : je n'avais pas d'ailes !
Tu es comme moi, tu veux aimer ;
Mais pour le faire, tu dois persévérer ! ! !

Tu commence à parler d'amour ;
Non en vautour ! ? !
Auparavant le rap était une musique de tueur
Tu as su remettre les pendules à l'heure ! ? !
Et surtout, jeter tes revolvers ! ? !

Continue à maturer.
La vie est de courte durée ! ? !
Apprends à aimer et non à tuer ! ! !

Je suis encore révolté ;
Même à 70 ans, je me promènerai en Harley !
Avec, une petite jeune assise en arrière ;
Que veux-tu, même à cet âge, j'aimerai leurs derrières !

Avec ton rap, j'ai écouté ton message ;
Tu es comme moi ; tu deviens sage ! ? !
Avant le rap était des mensonges de mutinerie ;
C'est l'histoire de ma vie ! ? !

JEAN-PIERRE LIZOTTE

Bordeaux, 21 novembre 97


 


Je ne suis pas un rappeur, mais plutôt un rockeur !
Même à 43 ans, je sais me mettre à l'heure ! ? !
Le rap n'est pas de ma génération ;
En 73 c'était le trip de l'illusion ! ? !

Je me suis shooté avec passion
Mes deux bras valent 1 million ! ! !
J'ai eu le malheur de connaître l'aiguille ;
Tu deviens une véritable anguille ! ? !

J'ai tout vendu pour des doses ;
5 fois j'ai fait des overdoses ! ! !
Et pourtant je recommençais ;
Mon espérance partais, se disloquais ! ? !

J'ai essayé d'arrêter ;
Mais, c'est plutôt la police qui m'a arrêté ! ? !
Je ne croyais plus à rien ;
Je ne connaissais plus d'autre pain ! ? !

J'ai pensé longtemps d'avoir franchi le cap du non retour ;
Pour me ramener, je crois encore à l'amour ! ! !
Pas une amourette de passage ;
Je suis devenu un vieux sage ! ! !

Je ne suis pas un rappeur, mais plutôt un rockeur !
Même à 43 ans, je sais me mettre à l'heure ! ? !
Le rap n'est pas de ma génération ;
En 73 c'était le trip de l'illusion ! ? !

JEAN-PIERRE LIZOTTE

Bordeaux, 21 nov. 97


 


Je te mets en garde de te shooter !
Tu devras comme moi t'institutionnaliser ! ? !
Sinon tu sombreras dans la folie ! ? !
Garde ta jeunesse, sauve ta vie ! ! !

J'ai donné ma jeunesse
Mais, je me réserve ma vieillesse ! ! !
Mes veines valent une fortune ;
Aussi riche et plaine que la lune ! ? !

Dans une veine, j'ai l'équivalent de 3 Harley ;
Dans l'autre une maison de 1000, milliers ! ! !
Encore une autre veine, et j'ai un WAGNEBAGO ;
Et pourtant, ça fait 8 ans que je suis à Bordeaux !

Si je me gèle autant,
Que je fait si souvent du temps ;
C'est parce que je ne connais pas l'amour ;
J'ai toujours été dans le détours ! ? !

On s'est toujours débarrassé de moi, en m'enfermant ;
Pour eux , je n'étais plus fatiguant ! ? !
J'avais l'impression que personne ne me comprend ;
M'aider trop dur, mais plus facile me faire faire du temps.

Je te mets en garde de te shooter !
Tu devras comme moi t'institutionnaliser ! ? !
Sinon tu sombreras dans la folie ! ? !
Garde ta jeunesse, sauve ta vie ! ! !

JEAN-PIERRE LIZOTTE

Bordeaux, 22 novembre 97


 


Même en dépit de ma révolte ;
J'adore faire les récoltes ! ? !
Je proviens d'une ferme laitière ;
Il y a longtemps que j'ai oublié cette matière ! ? !

J'étais un enfant sans parents ;
Alors, je devais suivre le courants ! ? !
Je suis encore un numéro ;
Mon dossier est R.I.V. 000 868-73 ;
Ben oui ! c'est mon size ! ? !

Ça fait 20 ans que je suis dans cette affreuse maison ;
Dans cette maison, il n'y a pas de salon ! ? !
Il y a seulement des cellules ;
Alors, je rêve : une libellule ! ? !

Je sors de ma cage pour entrer dans une autre ;
Je suis devenu vieux, alors je laisserai la place aux autres ! ? !
Pourtant, je suis loin d'être un apôtre ! ? !

Non ! je suis pas un ange,
Mais j'adore les louanges ! ? !
On ne m'en fait pas assez souvent,
À Bordeaux c'est de l'air, du vent ! ? !

Même en dépit de ma révolte ;
J'adore faire les récoltes ! ? !
Je proviens d'une ferme laitière ;
Il y a longtemps que j'ai oublié cette matière ! ? !

JEAN-PIERRE LIZOTTE

Bordeaux, 23 novembre 97


 


J'écoute du heavy métal ;
Je ne suis plus un homme ;
Mais, une marchandise de fer en métal ! ! !
Nous sommes rendu loin de l'histoire de la pomme ! ? !

On me prend pour une marionnette,
Et, on me range sur une tablette ! ? !
Mon dossier a été envoyé aux oubliettes,
Et, ils s'attendent, de ma part, que je fasse des courbettes ! ? !

Ostie de gang de con ;
Ils sont de connivence avec le démon ! ? !
Heureusement, j'ai un ami qui se surnomme Mon-Mon
Je crois qu'aimer, ils n'ont pas ce don ! ? !

Ta musique est très dure ;
Mais, toi tu est infiniment pur ! ? !
Il te calmer, tu viendras voir mon mur ;
Pis encore, tu seras au pen du mauvais côté de la clôture ! ? !

Je suis comme toi à la mode ;
Alors, ils ont peur de me donner un code ! ? !
Je les ai tous de travers dans le cul ;
Parce que tous (toutes) des trou du cul ;

J'écoute du heavy métal ;
Je ne suis plus un homme ;
Mais, une marchandise de fer en métal ! ! !
Nous sommes rendu loin de l'histoire de la pomme ! ? !

JEAN-PIERRE LIZOTTE

Bordeaux, 23 novembre 97


 


Je connais très bien la souffrance ;
Celle qui se rapproche de la démence ! ? !
J'ai du apprendre à me blinder ;
C'est alors que je me suis institutionnaliser ! ? !

Pour ne pas devenir fou ;
J'avais la grosseur d'un pou ! ? !
J'aurais aussi pu devenir cou-cou ;
La prison est l'enfer…un trou ! ? !

On mets des dizaines de millions,
À construire de nouvelles prisons ;
Pour semble-t-il protéger la société ;
Crisse ; que vous me faites tous, toutes chier ! ? !

Ce n'est pas de prison à haute sécurité ;
Qui me feront parler ;
Je deviendrai plutôt fou allié
Pour ne plus y retourner, je m'armerai ! ? !

Je deviendrai de plus en plus dangereux ;
Et, je tuerai un Ostie de boeuf ! ? !
Arrêté de me faire souffrir ;
Je préfère mourir ! ? !

Je connais très bien la souffrance ;
Celle qui se rapproche de la démence ! ? !
J'ai du apprendre à me blinder ;
C'est alors que je me suis institutionnalisé ! ? !

JEAN-PIERRE LIZOTTE

Bordeaux, 23 novembre 97




 

Pour Jean-Pierre la ville n'était pas toujours une source de vie.
En hommage à Jean-Pierre Lizotte, son ami Souverain Luc Markov lui dédie ce poème:

La ville brille de ses lumières
Multicolores comme le son de ses bruits
Elle m'ensorcelle comme une vipère
Qui s'enroule autour de mon nid

La ville vibre de ses artères
Frappant mon coeur de sa nuit
Laissant un goût plutôt amère
Dans mes veines devenue ennemies

La ville souffre comme une mère
Oui, ses enfants ont des ennuies
Délivrez-nous du mal mon père
Au nom des pas trop sains d'esprit

La ville coulera dans la rivière
L'Atlantide aura enfin ce répit
Il n'en m'aura que coûté trop cher
Pour voir ses lumières tuer la vie

Luc Markov