Trois documentaires
Diffusés sur les ondes de Radio Canada
en 2002 et 2003

Réalisation: Mohamed Lotfi



Il neige pas à Port-au-prince

Documentaire
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Rue de l'enterrement

Introduction
Cliquez et écoutez 1mn 03sec

Documentaire
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Haïti, pour qui brille la perle des Antilles..?

Documentaire
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Il neige pas à Port-au-prince

Jeudi le 6 juin 2002, la Commission des libérations conditionnelles du Québec a pris la décision de libérer Jimmy
un jeune haïtien de 24 ans avant la fin de sa sentence prévue pour janvier 2003.
Cette libération n'aura pas été tout a fait une pour lui,
puisqu'il devrait être déporté pour une troisième fois à son pays d'origine
Haïti.

Même si les déportations au Canada concernent des ressortissants de plusieurs origines, celles qui touchent des membres de la communauté haïtienne méritent qu'on s'y arrête. Il y’a présentement au Canada et surtout au Québec plusieurs haïtiens qui n’ont pas la nationalité canadienne même s’ils sont arrivés jeunes au pays. Parmi eux, certains ont commis des actes criminels ce qui les a rendu indésirables aux yeux de la loi canadienne sur l’immigration. Ils sont donc condamnés à la déportation en Haïti après avoir purgé leurs peines au Québec. Si les autorités d’Immigration Canada ne font qu’appliquer la loi en renvoyant ces jeunes à leurs pays d’origine, cette mesure a été suspendue dans le cas des ressortissants haïtiens durant la période qui a suivi le départ de Jean-Claude Duvalier jusqu’à 1995. Presque aussitôt après le retour d’exil du Président Jean-Bertrand Aristide. Mais la situation sociale et politique en Haïti n’est pas toujours stable, le taux de chômage est à 80 %, la pauvreté touche 90 % de la population et la formation d’une police haïtienne par le Canada n’a apparemment pas amélioré la sécurité au pays. Vu la situation d’Haïti, il n’est pas étrange que la légitimité de ces déportations soit remise en cause par les principaux intéressés, les déportés eux-mêmes, particulièrement ceux qui sont arrivés jeunes au Québec qui trouvent trop sévère et même injuste une telle déportation.

''Il neige pas à Port-au-prince'' aborde le thème de la déportation des jeunes haïtiens qui ont grandi et construit leur identité au Québec. Déportation, immigration, désillusion et injustice sont les thèmes de ce documentaire à voix et points de vue multiples.

Dans ce documentaire, vous entendrez Jimmy, Carl, Josié, Charly et Michel qui ont en commun d’être né en Haïti et d’avoir un dossier criminel au Canada. Mais les ordres de déportation concernent uniquement Carl et Jimmy qui n’ont pas la nationalité canadienne. Est-il acceptable moralement que le Canada, déportent des personnes qui ont grandit et construits leurs identité au Canada..? C’est la question que soulève le documentaire « Il neige pas à Port-aux-princes ». Une réalisation de Mohamed Lotfi.

Tous les témoins du documentaire ''Il neige pas à Port-au-prince'' ont été rencontrés par Mohamed Lotfi à la prison de Bordeaux à Montréal et leurs témoignages ont été cueilli sur une période de plusieurs années.

Certaines chansons dans ce documentaire ont été écrites par des déportés eux-mêmes, notamment la chanson « Com Seré » composée et interprétée par Sélim Bichara, d’après un texte de Carl Ambroise déporté en 97 et « Le sang du martyr » écrite, composée et interprété par Jean Willder déporté en 98.

Depuis le 11 septembre 2001, le processus des déportations au Canada est plus accéléré que jamais.
Des haïtiens, des portugais, des libanais seront déportés dans les mois qui viennent et depuis la visite de Jean Crétien en Algérie,
des réfugiés politiques algériens seront déportés également..





Mot de l'auteur

« C'est ici que j'ai grandi, c’est ici que j’ai appris à voler, donc c’est ici que je dois changer… »
Plusieurs fois j'ai entendu ce genre de paroles, la première fois par Jean Wilder, quelques semaines avant sa déportation en Haïti, au printemps 1998 et la dernière fois par Carl Jean-Batiste déporté en mai 2001.
Je fréquente les détenus de la prison de Bordeaux à Montréal depuis 1990 dans le cadre de mon émission radio Souverains anonymes.
À partir de 1997, je suis devenu le témoin impuissant de la souffrance de ces hommes considérés, du jour au lendemain, persona non grata aux yeux de la loi canadienne sur l’immigration.
« Tu commets un crime, tu n’as pas la nationalité canadienne, tu retournes là où tu es né » Ainsi le veut cette loi qui ne prévoit aucune exception pour les immigrés arrivés très jeunes, ceux qui ont grandi et construit leur identité au Canada.

Si c’est au Canada que Jean Wilder et Carl Jean-Batiste ont appris à voler,
c’est dans leur pays d’origine qu’ils doivent payer le prix de leur crime. Quelle punition plus sévère peut-on donner à un criminel d’origine haïtienne, quand on sait qu’Haïti est un des pays les moins stables politiquement et socialement ?
Qu’est-ce que Jean, Carl, Jimmy et les autres peuvent faire dans un pays où 90 % de la population est pauvre et où le taux de chômage atteint 70 %? Qu’arrivera t-il par exemple à Carl, loin de sa femme (québécoise) et de ses deux enfants restés au Québec? Les autorités canadiennes ne savent-elles pas qu'en Haïti les déportés sont très mal vus et acceptés de la population et des forces policières?

La communauté haïtienne du Québec, (y compris les familles des déportés) qui n’ignore pas l’ampleur du phénomène,
ne manifeste aucun signe de protestation comme si la déportation était dans l’ordre naturel des choses!

Et pourtant, on ne peut pas mettre sur le même niveau la déportation d’une personne arrivée très jeune au pays
et une autre qui est immigrante seulement depuis quelques années. On devrait juger avec plus de nuances celui dont le profil criminel trouve ses racines dans sa terre d’accueil.

De tous les déportés haïtiens que j'ai connus à la prison de Bordeaux Jimmy est celui qui n'arrive pas à croire à sa déportation,
c'est pourquoi il est retourné illégalement deux fois au Canada. Comme il dit : « Mon pays c'est l'hiver. Il neige pas à Port-au-Prince ». Désormais, il sera bientôt déporté pour la troisième fois.

Le documentaire que je propose est moins une enquête sur la déportation qu’une prise de parole de certaines personnes qui la subissent.
Ce documentaire est le fruit de leur confiance à mon égard et je leur dis, Merci.

Dédicace : « Il neige pas à Port-au-Prince » est dédié à Jean Wilder.
J'ai retenu pour la fin du documentaire un extrait de sa chanson Le sang du martyr écrite, composée et interprétée à la prison de Bordeaux,
juste avant sa déportation.







Rue de l'enterrement

Le Canada reçoit annuellement des milliers d'hommes et de femmes de partout dans le monde.
Mais il arrive souvent que le Canada renvoie à leurs pays d'origine des immigrants qui ne répondent pas à certains critères.
En gros, il y'a trois catégories de déportés :

1- Les faux réfugiés politiques.
2- Les sans papiers (ceux qui entrent clandestinement au pays)
3- Les criminels.

Ces derniers, même s'ils ont le statut d'immigrant reçu, même si la plus part d'entre eux ont grandi et construit leur identité au Canada, même s'ils ont des enfants et une famille au Canada, parce qu'ils n'ont pas la nationalité canadienne, aux yeux de la loi canadienne sur l'immigration ils sont jugés déportables.

C'est cette catégorie de déportés qui a fait l'objet du documentaire ''Il neige pas à Port-au-prince'' présenté sur notre antenne le 7 juin dernier ici même à la tribune du Québec.

Si vous étiez à l'écoute ce jour là de notre émission, vous aviez alors entendu le témoignage de quelques détenus de la prison de Bordeaux d'origine haïtienne, particulièrement celui de Jimmy et de Carl qui exprimaient leur désarroi face à une déportation qu'ils croient ne pas mériter : Voici en gros un rappel de leurs arguments :

1- Ils sont arrivés jeunes au pays et donc c'est ici qu'ils ont grandi et c'est ici qu'ils ont appris à faire le crime.
2- Ils ont une famille et des enfants au Canada dont ils doivent se séparer. Ils trouvent ça injuste pour les enfants.
3- Ils considèrent qu'ils payent le prix de la négligence de leurs parents qui n'ont pas fait leur nationalité..
4- Puisqu'il s'agit de les déporter en Haïti où le chômage est à 80%, où la situation politique et sociale est très instable depuis le départ du Duvalier en 1986, pour eux Haïti n'est pas un pays assez organisé ni sécuritaire pour leur assurer un nouveau départ dans la vie..

Il faut mentionner qu'au Canada on ne déporte un criminel qu'à la fin de sa peine ce qui lui donne le sentiment de subir une double peine surtout quand la destination des déportés s'appelle Haïti.

Alors, que deviennent-ils ces déportés haïtiens après leur déportation du Canada.. ? Quel sort attend Jimmy et Carl dans leur pays de naissance, Haïti..?

Mohamed Lotfi, auteur du documentaire ''Il neige pas à Port-au-prince'' nous propose aujourd'hui un deuxième documentaire qu'il a réalisé à Port-au-prince même où il vient de passer 9 jours. Entre la Rue de l'enterrement et la place Champs de mars à Port-au-prince, Mohamed a rencontré une vingtaine de déportés du Canada, il a retenu le témoignage de ceux qui conservent encore un très fort sentiment d'appartenance avec leur terre d'accueil, le Canada, le Québec.

C'est le cas de Jimmy, trois fois déporté par les autorités d'Immigration Canada parce qu'il est entré deux fois illégalement au Canada après sa première déportation il y'a deux ans. C'est le cas aussi de Carl, déporté depuis 14 mois, de Remy depuis 7 ans, de Anicette depuis 10 ans, et Patrick depuis 18 ans.

Questions:

Ce documentaire soulève des questions qui méritent un débat:
Une personne qui arrive jeune au Canada devrait-il être jugé pour sa déportation au même titre que celui qui arrive déjà adulte.. ? Beaucoup d'immigrants ayant un dossier criminel ne seront jamais déportés parce qu'ils ont obtenu la nationalité canadienne.

Alors, le vrai problème est-ce celui de commettre un crime au Canada et d'être né en dehors du Canada.. ? Ou celui de commettre un crime au Canada sans avoir la nationalité canadienne.. ? Légalement le Canada a le droit de déporter des criminels qui n'ont pas la nationalité canadienne. Par contre la question qu'on peut se poser: Est-il moralement acceptable que le Canada déporte des personnes qui ont grandi et construit leur identité au Canada même si le pays où ils sont déportés est aussi instable comme Haïti ..





Mot de l'auteur

En cet été 2002, j’ai passé 9 jours en Haïti.

En parcourant la ville de Port-au-prince entre l’aéroport et l’hôtel, j’ai eu l’impression d’arriver à une ville abandonnée depuis quelques mois ou quelques années.
Ces hommes et ces femmes que je voyais partout, semblaient retourner à leur ville après une longue absence. Sinon comment expliquer ces montagnes de saletés. On s’attendrait à ce que les habitants de Port-au-prince donnent un coup de chiffon pour nettoyer leur ville. C’est pour dire à quel point j’ai été choqué par une réalité à laquelle je devais pourtant m’attendre puisqu’on m’en a tellement dit.
Pour quelques instants, j’avais même oublié la raison de mon voyage. Réaliser un documentaire radiophonique sur des hommes déportés du Canada en Haïti.

Depuis quelques années et encore aujourd’hui, je côtoie dans le cadre de mon émission radio Souverains anonymes (enregistrée à la prison de Bordeaux à Montréal),
des hommes de passage en prison avant leurs déportations. Ils ne sont pas seulement haïtiens, mais ces derniers sont plus nombreux que les autres déportés originaires d’autres pays. Plus nombreux et surtout plus inquiets vu la situation instable en Haïti.

Après ‘’Il neige pas à Port-au-prince’’ premier documentaire qui donne la parole à des haïtiens avant leurs déportations,
il était logique d’aller voir sur place ce que ces hommes deviennent.

Entre la rue de l’enterrement et la Place Champs de mars à Port-au-prince, j’ai retrouvé Jimmy et Carl que j’ai bien connu à Bordeaux.
J’ai rencontré également Remy, Anicette, Patrick et plusieurs autres déportés du Canada. Mais pour ce deuxième documentaire j’ai retenu le témoignage de ceux qui ont grandi au Canada. Ceux qui se disent immigrants dans leur propre pays.. Ceux qui n’arrivent pas à s’intégrer dans leur pays de naissance, parce que c’est ailleurs qu’ils ont vécu leur enfance et leur jeunesse.
La plus part de ces déportés sont inconsolables même après des années de séparation. Chacun a derrière lui toute une autre vie au Québec, à Montréal, là où ils ont tous encore une famille, une femme, des enfants.

De mes 9 jours passés à Port-au-prince je retiens que ces déportés du Canada en Haïti, même loin de Montréal font encore partie de la réalité canadienne.
Leurs témoignages le confirment.

Le Canada n’est pas un pays ouvert à tous. Encore moins aux criminels de ce monde.
C’est le message à retenir du Gouvernement canadien. Message destiné également à rassurer une partie de l’opinion publique (Même si nous savons que la politique de déportation n’a jamais baissé le taux de criminalité au Canada) Cependant, il faut le reconnaître : Les déportés qui ont grandi et construit leur identité au Canada, payent trop cher le prix de ce message.
On ne règle pas une erreur par une autre erreur..!








Haïti, pour qui brille la perle des Antilles..?

Témoignages d'Haïtiens sur la situation actuelle en Haïti

Documentaire
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Rassoul Lachubin, Maire de Port-au-prince
Israel Jacky-Contav, Evens Nelson, deux journalistes radio
Jean-Fritz Magny, policier et porte-parole de SOS Démocrtatie
Gladysse Sylveras et Isabelle Sylveras-Ducasse, propriétaires de l'hôtel El Rancho
Michel Soucar, historien, journaliste et homme de radio